L’ARN tire les ficelles

Afaf Saaidi
13 décembre 2017

Ci-dessus: Image © ktsimage, iStockPhoto.com

Pourriez-vous imaginer un orchestre sans maestro? Un chef d’orchestre est responsable de coordonner les différents musiciens afin d’interpréter un morceau musical.

L’ARN joue le rôle de maestro dans la cellule. Ainsi, certaines régions de l’ARN coordonnent ses interactions avec des molécules spécifiques de tes cellules, ce qui assure l’expression correcte du code génétique. De plus, plusieurs fonctions assurées par l’ARN sont au cœur de récentes découvertes scientifiques, orientant de nombreuses recherches approfondies!

Cet article rend hommage à cette molécule tant sous-estimée.

La transcription et la traduction

Ton code génétique est stocké dans ton ADN. Cette longue séquence est formée de quatre blocs de construction qu’on appelle des nucléotides. Désignés C, G, A et T, ces nucléotides aiment se coller les uns aux autres selon des règles bien définies. Ces interactions sont appelées des liaisons hydrogène. Et les règles précisent que le nucléotide C interagit avec le G, comme dans la Crème Glacée, et que le A interagit avec le T, comme dans la Tarte aux Amandes.

En fait, l’ADN est constitué de deux séquences dites complémentaires. C’est-à-dire que les deux séquences contiennent la même information, mais qu’elles sont codées dans deux sens opposés. Chacun des nucléotides opposés de part et d’autre est relié par des liaisons hydrogène. Ces deux séquences, qu’on appelle aussi des « brins », permettent à l’ADN d’adopter la forme d’une pâte torsadée, la fameuse double hélice de l’ADN.

Dans l’organisme humain, les molécules d’ADN sont emprisonnées dans le noyau de la cellule. Un processus qu’on appelle la transcription permet à ces molécules de s’exprimer. La transcription consiste à copier un brin d’ADN et à le transporter vers l’extérieur du noyau.

Ce simple brin est connu sous le nom d’ARN. L’étape suivante consiste à traduire le code stocké dans l’ARN en protéine. La protéine résultante peut être responsable d’un phénotype spécifique, comme la couleur de tes yeux.

C’est l’image typique de ce que l’on apprend à l’école sur le rôle de l’ARN : un fidèle messager dont la fonction se résume au transfert du code génétique pour en faciliter l’expression.

Une multitude de modes d’action

Un ARN constitue en effet l’empreinte nécessaire à la production des protéines. Mais certains ARN, dits non codants, s’avèrent aussi essentiels dans de nombreuses autres fonctions au sein de la cellule. C’est notamment grâce à la capacité enzymatique de l’ARN, c’est-à-dire sa capacité d’agir sur d’autres molécules (ARN, protéines ou ADN). Les chercheurs Thomas Cech et Sidney Altman ont fait cette découverte en 1989, ce qui leur a valu le prix Nobel de chimie.

L’ARN est aussi capable de réguler l’activité d’autres gènes. Par exemple, Craig Mello et Andrew Fire, deux autres lauréats du prix Nobel, ont découvert le phénomène d’ARN interférence. Les ARN non codants sont aussi responsables de l’initiation et de l’interruption de la traduction, et même du choix des régions à traduire. Au total, au cours des deux dernières décennies, les chercheurs ont identifié plus de 2500 rôles fonctionnels distincts pour les ARN non codants !

Ainsi, l’ARN joue le rôle d’un chef d’orchestre qui coordonne et guide tout le processus de l’expression de ton code génétique et de ton identité biologique.

En apprendre davantage!

Afaf Saaidi

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